mardi 9 novembre 2010

Le massacre des juifs de Banû Qurayza

Ibn Ishaq rapporte que le prophète Muhammad (sws) fit exécuter les juifs de Banû Qurayza (ou Banu Quraydha), mais que nous dit-il exactement ?

Les hommes des Banû Qurayza furent exécutés par les compagnons du prophète Muhammad (sws) pour traîtrise selon le jugement de Sa’d b. Mu’âd. En effet, les Banû Qurayza rempèrent le pacte avec les musulmans et leur firent la guerre pendant la bataille du fossé ; ils envoyèrent un petit détachement (au minimum) de leur armée contre eux selon le témoignage d'Al Zubayr, un vieillard juif (tome II, p.193-194, voir extrait 2). Leurs femmes et enfants furent mis en esclavage d’après le jugement de Sa’d qui mourra peu de temps après (voir extrait 1.).
Pourtant lors du siège de leurs fortins par l’armée de Muhammad (sws), la majeure partie des Banu Qurayza descendirent pour embrasser l’islam sauvant ainsi leurs vies et leurs biens (Tome I, p.162-163, voir extrait 3). Ceci est confirmé par la phrase d'Ibn Ishaq à la page 205 du Tome II qui implique que les Banû Qurayza étaient présents à son époque (soit un siecle et demi après l'hégire) et qu'après leur défaite, du temps du prophète Muhammad, "ils enterraient leurs morts en islam" ce qui implique aussi qu'ils étaient devenus musulmans. Par ailleurs, Ibn Ishaq parle de la razzia contre les Banû Lihyan six mois après "la conquête des Banû Qurayza" en employant le mot conquête, ce qui laisse supposé qu'ils ne furent pas exterminés (Tome II, p.228).
Après avoir été enfermés dans le quartier de Bint Al-Hârith, une femme de Banû al-Najjâr, ils furent tous exécutés. Il eut entre 600 à 900 hommes décapités dans des fossés, à l'emplacement du marché de Médine. Cependant Ibn Ishaq considérait comme peu probable la mort de 800-900 hommes puisqu'il disait " celui qui multiplie leur nombre dit qu'ils étaient entre huit cents et neuf cents" (Tome II, p.192, voir extrait 1). Dans un autre passage du livre, on trouve qu'ils ne furent plus que 400 hommes à être tués par les musulmans (Tome II, p.25-26).

Remarques :

  • Un hadith indique qu'il y a eu au total 40 juifs exécutés.


  •  Al-Boukhari rapporte dans son sahih que les Banu Nadhir et les Banu Qurayza combattirent le prophète Muhammad. Celui-ci exila les Banu Nadhir et autorisa les Banu Quraydha à demeurer à Médine. Mais les banu quraydha combattirent de nouveau le prophète qui tua leurs hommes et distribua leurs femmes, leurs enfants et leurs propriétés entre les musulmans. Il précise dans un hautre hadith que leurs hommes qui furent exécutés sont les "guerriers". Par ailleurs, il est rapporté que parmi les Banu Qurayza "certains parmi eux se rendirent auprés du prophète et il leur garantit la sécurité avant qu'ils ne se convertissent en Islam"(Résume du Sahih Al-Boukhari, Daroussalam, 1999, p.821 et p.831).


  • L’historien Tabari précise qu'ils restèrent les mains liées pendant trois jours, jusqu'à ce que tous leurs biens fussent transportés à Médine. C'est ensuite seulement que le Prophète fit creuser une fosse sur la place du marché (Chronique de Tabari, Histoires des Prophètes et des rois, Editions de la Ruche, p.537, traduction de Hermann Zotermberg)


  • Dans la biographie du prophète de l'Islam d'Ismaïl Ibn Kathir, l'historien et traditionniste rapporte qu'ils furent entre 400 et 700 exécutés après avoir été ''enfermés dans la maison de Bint El-Hârith'', le quartier que cite Ibn Ishaq est donc une maison. ( As-Sîra, La biographie du Prophète Mohammed, Les débuts de L'Islam, Editions Universel, Février 2007, p.652)


  • Pour l'ouvrage de Hamidullah, il est indiqué qu'à l'époque où vinrent la forte délégation des Banû Hanîfah, la "maison de Ramlah bint al-Hârith" (où furent enfermés les hommes des Banû Qurayza) était alors l'hôtel des embassades. Les Banû Hanîfah purent tous y entrer pour manger ! Mais une forte délégation signifie combien exactement ? Nous trouvons la réponse avec Tabari. En effet, selon lui la délégation était composée de 10 personnes. Cependant une question se pose : combien la maison de Ramlah bint al-Hârith pouvait-elle accueillir de personnes ?  (Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'Islam, sa vie, son oeuvre, 2 tomes, Edition El-Najah, Paris, p.380)



  • Les récits d’Ibn Ishaq se contredisent ; un coup les Banû Qurayza ne firent pas la guerre aux musulmans (p.184), et aux pages suivantes (p.193-195) le vieillard juif dit qu’ils firent la guerre aux musulmans trahissant donc le pacte d’alliance entre musulmans et les Banû Qurayza.



  • Il n'existait probablement pas de demeures assez grandes à Médine au VIIème siècle après J.C. pour contenir 600 à 900 personnes en même temps et pendant 3 jours les mains liées, ce chiffre est très certainement exagéré. Il faut le considérer comme un chiffre symbolique. Medine était une ville de quelques milliers d’habitants tout au plus. Il est donc probable selon moi qu’ils furent peu nombreux.

Extraits du livre d’Ibn Ishaq :
1.      Dans le livre d’Ibn  ‘Ishâq, p.192, il est écrit : « Ibn Ishaq dit : Puis on les fit descendre. L'Envoyé d'Allah les a enfermés dans le quartier de Bint al-Hârith à al-Madînah ; Bint al-Hârith est une femme de Banû al-Najjar [une note indique soit Ramlah bint al-Hârith, soit Kaysah bint al-Hârtih]. Puis l'Envoyé d'Allâh alla au marché d'al-Madînah qui est encore aujourd'hui son marché, et a fait creuser des fossés. Il les fit venir, et les fit décapiter dans ces fossés, on les fit venir à lui par groupes […] Ils étaient au nombre de six cents, ou de sept cents ; celui qui multiplie leur nombre dit qu'ils étaient entre huit cents et neuf cents. »
  1. A la page 193-194 du livre d'Ibn Ishaq, il est dit qu’Al Zubayr, un vieillard juif, refusa que le musulman Thabit  qui demanda et reçu du prophète la liberté du vieillard ainsi que ses biens, sa femme et ses enfants, lui donne don de vivre sans ses compagnons morts. Il préféra les rejoindre dans la fosse à cause de la trahison du pacte d’alliance conclut entre les musulmans et les Banû Quaraydha. En effet d’après ce passage, ils combattirent par la force des armes contre les musulmans :
"Ibn Ishaq dit : [...]Al-Zubayr dit à Thâbit : ö Thâbit ! Qu'a fait celui dont le visage ressemble à un miroir chinois où se reflètent les vierges du quartier, à savoir : Ka'b b. 'Asad ?" Thâbit répondit : "Il est tué !" Al-Zubayr lui demanda : Qu'a fit le chef des citadins et des bédouins : Huyayy b. 'Akhtab ?" Il répondit : " Il est tué." Il demanda : Qu'a fait notre notre avant garde quand nous attaquions et notre arrière garde quand nous prenions la fuite : 'Azzâl b. Samaw'al ?" Il répondit : " Il est tué." Al-Zubayr demanda encore : "Qu'on fait les deux assemblées - c'est à dire : Banû Ka'b b Qurayzah et Banû Amr b. Qurayzah ?" Thâbit répondit : "Ils ont péri, ils sont tués ?" Al Zubayr dit : " Ô Thabit ! Je te prie, par le bienfait que je t'ai fait [p.692] de me faire rejoindre ces gens. Car, par Dieu, après ceux-ci la vie n'a pas de sens je ne peux plus patienter un instant jusqu'à ce que je rencontre mes bien-aimés." Alors Thâbit le présenta et on lui coupa le cou. »

  1. Ibn Ishaq dit : … d’après un vieil homme de Banû Quraydha, m’a rapporté que celui-ci avait dit : …
Lorsque l’envoyé d’Allah fut envoyé et qu’il mit le siège autour de Banû Qurayzah, ces hommes jeunes – et ils étaient jeunes : « Ô Banû Qurayzah, ces le prophète qu’Ibn al-Hayyabân vous avait recommandé » Ils dirent : « Ce n’est pas lui. » Les jeune dirent : « Si, c’est lui-même, par Dieu, c’est lui avec ses qualités. » Alors les Banû Quarazah descendirent (de leurs fortins) et embrassèrent l’Islam. De telle manière, ils ont sauvé leurs sangs, leurs biens et leurs hommes.
Ibn Ishaq dit : Voilà ce qui m’a été communiqué au sujet des docteurs juifs. (La vie du Prophète Muhammad L’envoyé d’Allâh (Que Dieu lui accorde sur lui Ses bénédictions et qu’il lui accorde son salut !),Ibn ‘Ishâq, traduction, introduction et notes d’Abdurramân Badawî, Edition ALBOURAQ, 2001, Tomes I, p.162,163).

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut.

Je vous remercie d'avoir jeté un pavé dans la mare.

Cependant, je dois avouer que je suis triste que vous ne présentez pas les témoignages qui contredisent votre approche négationniste. Puisqu'ibn Ishaq écrit aussi que tous les mâles ayant des poils au pubis furent exécutés. Tandis qu'il écrit une fois, comme ibn Kathir en rapportent la majorité des témoignages le fait que Sa'd ibn Mu'adh aurait commandé de tuer tous ceux qui ont participé à la bataille. Ce qui désigne d'un point de vue linguistique d'une façon très claire une partie de l'ensemble et non leur totalité. Mais, à quelle bataille fait-il allusion, apparement à la bataille du Fossé qui lui a causé une blessure mortelle ? Il n'est pas totalement exclu d'en interpréter toute personne au sein de la tribu capable de participer à une bataille. Mais cela est vraiment forcer le sens...

Selon certains intellectuels comme Uri Rubin, le nombre des banu Quraydhah qui est avancé serait fictif et fondé sur un style Qabalistique, qui ne serait pas lié à un nombre réel. Le spécialiste souligne que ce genre d'usage chez les juifs (le témoignage chez ibn Ishaq est celui de Juifs) est connu par les biblistes aussi.

Dans la sirah d'ibn Kathir, il est écrit de très nombreuses fois que Sa'd ibn Mu'adh aurait commandé de tuer tous ceux qui ont participé au combat. Mais d'un point de vue historiographique, cela ne nous donne ni une idée sur ceux qui étaient ceux qui ont combattus, ni dans quelle bataille ils ont combattus. Il n'est pas exclu de comprendre ceux qui pouvaient porter les armes. Ce qui permet en théorie de relier cette variante à la question de l'exécution des hommes pubères.

Dans son Sahih, Muslim écrit que ce jour-là, une grande partie des banu Quraydhah se serait islamisé.

Il existe donc de très bonnes raisons philologiques et linguistiques de faire une lecture plus approfondie de la question pour tenter de reconstituer le déroulement réel des événements. La sélection d'ibn Ishaq retenue par ibn Hicham ne représente peut-être qu'une infime partie de la collection originale d'ibn Ishaq, qui a disparue.

D'un point de vue scientifique, il ressort clairement qu'il y a pour le moins certains points obscurs dans la question de ce massacre, et il faudrait idéalement utiliser toute la batterie des techniques modernes, comme l'archéologie (pour déterminer si il a pu réellement exister des demeures à Yathrib très grands, et si oui combien d'homme il eut été possible d'héberger trois jours. Il faudrait également faire une analyse philologique et linguistique beaucoup plus systématique et linguistiques sur tous les récits disconcordants, pour tenter de reconstituer les événements qui se sont réellement produits. Il faudrait de même vérifier ou démontrer l'idée selon laquelle les ouvrages de Sirah auraient (comme cela est soutenu par plusieurs historiens) noirci l'image des banu quraydhah progressivement de sorte à blanchir le sénario de leur massacre par Muhammad. Car après tout, presque toutes les versions figurent d'une façon même partielle dès ibn Ishaq.

Enfin, et je crois que cela est très important d'un point de vue historiographique. Il faudrait reconstituer l'engrenage diplomatique qui a pu conduire Muhammad à une tentative d'alliance avec les Juifs de Yathrib vers leur expulsion progressife de son environnement. Cela en tenant compte de ce que lors du décès de Muhammad il continuait à exister des Juifs dans Yathrib et en périphérie, peut-être en grand nombre même selon Watt.

Ce genre de sujet est tellement délicat, que toute tentative d'élucidation avancée se heurte à un tabou idéologique majeur. Même des historiens qui s'y frottent sont progressivement élagués.

Merci donc d'avoir jeté un pavé dans la mare.

AbdAllah a dit…

Merci pour ce commentaire qui montre que vous maitrisez le sujet bien plus que moi. J'ai fait quelques modifications (plus d'autres plus tard), peut-être serez-vous satisfait.